jeudi 17 janvier 2008

TouSCAN au coeur du développement durable ou de la décroissance ?

TouSCAN et la question du DEVELOPPEMENT DURABLE ou SOUTENABLE : une remise en question éthique de l’association autour des thémes de la CROISSANCE ou de la DECROISSANCE.

Illustration de la problématique au Nicaragua.

Selon la charte éthique de TouSCAN , le tourisme que nous défendons se base entre autres principes sur le développement « durable ». Le but de cet article est de préciser dans un premier temps ce qu’est le développement « durable » afin de savoir de quoi on parle et d’éviter les pièges sémantiques qui ouvrent la porte aux manipulations verbales qui sont nombreuses autour de cette notion…

Ensuite, nous verrons comment TouSCAN s’inscrit dans cet idéal et comment, à son échelle elle fait progresser cette philosophie dans un monde qui en a bien besoin…. L’exemple du fonctionnement d’une coopérative communautaire au Nicaragua illustrera cette problématique.

L’expression "développement durable" a pris son essor en 1992, lors du sommet de la terre à Rio de Janeiro où 173 pays ont signé une déclaration sur l’environnement et le développement. Dans ce cadre, ils se sont engagés à mettre en œuvre les principes du développement « durable » c’est à dire "un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs"(rapport Bruntland, 1987) d’où le mot "durable". La mise en œuvre de ces principes implique une participation de tous à un projet de société qui réconcilie l’environnement, le social et l’économie d’où le terme de "développement" qui signifie ici "progrès des conditions de vie pour ceux qui en ont besoin". . L’erreur la plus fréquente est de confondre "développement durable" avec "croissance durable" !!Quand il ne s’agit pas de mauvaise foi (c’est possible !), c’est un grave contresens !!! La "croissance" est celle du PNB, produit national brut, qui correspond à la valeur totale de la production de biens et de services d’un pays. Bien que souhaitée par tous les gouvernements (Bhoutan ?), cette croissance économique ne peut conduire l’humanité qu’à la catastrophe à plus ou moins long terme car les ressources naturelles nécessaires à la production sont épuisables ! L’empreinte écologique de l’humanité est même déjà supérieure (depuis les années 80) à ce que peut supporter notre planète ! Sans entrer dans les détails (doc. fournie sur demande + voir biblio), rappelons que l’empreinte écologique est la surface terrestre nécessaire pour répondre à nos besoins (alimentation, logements, déplacements, absorption des déchets…). Notre planète ne parvient plus en effet à absorber la totalité de nos déchets (ex. le CO2 qui s’accumule dans l’atmosphère d’où hausse de l’effet de serre), la biodiversité s’effondre, si l’humanité avait le niveau de vie moyen des français, il faudrait 3 planètes pour vivre, …etc. La croissance économique est donc une impasse écologique.

Elle est aussi une impasse sociale : On constate en effet depuis 40 ans que malgré l’énorme croissance mondiale, les inégalités ont explosé : l’écart entre les 20% les plus pauvres et les 20% les plus riches était de 1 à 30 en 1960 ; il est aujourd’hui de 1 à 80 ! On constate également que 20% de l’humanité (pays riches) consomme 80% des ressources !!! On pourrait faire des constats similaires à l’échelle de la France ou bien sûr, du Nicaragua. (Tous les voyageurs qui s’y sont rendus ont pu constater avec stupeur et révolte les innombrables inégalités qui sévissent dans ce petit pays qui nous tient tant à cœur…) Bref, la croissance actuelle est incompatible avec le développement durable !!!

Pour éviter ce malentendu exploité par les tenants du capitalisme libéral, l’expression "développement soutenable" (au sens de supportable pour la biosphère et la société humaine) est maintenant souvent utilisée. Il faut néanmoins garder (comme toujours !!) un esprit critique ! Le développement ne peut être "soutenable" à long terme que s’il se base sur une décroissance de la consommation des ressources non renouvelables : source d’énergie fossile dont l’uranium, matières minérales, forets primaires, sols, eau potable…D’où décroissance des transports, des déchets, engrais et pesticides que les écosystèmes ne parviennent plus à absorber à l’échelle humaine, de la pêche, de la surproduction d’objets pas toujours indispensables….etc. Insistons sur le fait qu’un simple arrêt de la croissance ne suffit pas. Dans ce cas les prélèvements des ressources non renouvelables se poursuivraient à taux constants et ces dernières s’épuiseraient tout aussi inexorablement. Une certaine décroissance (matérielle) est donc nécessaire, incontournable et se produira qu’on le veuille ou non. Nous ne pouvons consommer durablement que ce qui se renouvelle : certaines sources d’énergie (solaire, vent…), écosystèmes, eau et sols non surexploités…

Par contre, on peut souhaiter et organiser la croissance ou le développement de la solidarité, de la démocratie, des services (santé ; éducation, distribution de l’eau…), du bonheur, de la liberté, des connaissances, de la sobriété joyeuse, de la justice… Ce sont toutes ces notions bien trop souvent qualifiées d’utopiques par quelques désillusionnés que l’association TouSCAN défend au quotidien par un combat militant associé à celui de ses amis qu’elle trouve à l’international. Grandes ambitions, grands rêves, grands objectifs… soutenus par de grandes et belles volontés !

Tout cela amène à un autre point essentiel qui est de viser l’homogénéisation des conditions de vie des populations du monde…Une meilleure répartition des ressources renouvelables ….Cela suppose d’abandonner un fonctionnement de la société trop fortement basé sur la compétition….où le fort (riche) élimine (écrase) le faible (pauvre)…Prenons plutôt exemple sur le "développement durable de la vie" plus de 3 milliards d’années de succès !! La coopération est un de ses ressorts les plus puissants. Les êtres vivants s’associent pour mieux se multiplier, pour conquérir de nouveaux espaces, inventer de nouveau modes de vie….Si l’homme est aujourd’hui suffisamment nombreux ( !!) et occupe également suffisamment d’espace, il lui reste par contre un effort à faire dans le "vivre ensemble" et ceci également avec le reste de la biosphère !! Les Nicaraguayens, par leur simplicité et leur sens des relations humaines exemplaires, sont constamment là pour nous le rappeler, et nous ne les remercierons jamais assez pour tout ce qu’ils peuvent nous apporter.

Prenons pour exemple l’organisation d’une communauté au Nicaragua qui va nous permettre d’illustrer et de confirmer que les solutions à cette problématique universelle sont souvent locales : il existe au Nicaragua, de nombreuses communautés de paysans. Citons Miraflor, qui vit de manière quasi autarcique. Cette communauté de paysans, parvient à survivre par la culture d’un café biologique. Les premières années de cultures furent difficiles pour toute la communauté : le non emploi de pesticides a, dans un premier temps, fait chuter la production. Puis, quatre ou cinq ans après cette reconversion réfléchie des paysans soucieux de préserver la terre qu’ils légueront à leurs enfants et dont dépend étroitement leur survie ; la production a doublé, triplé… la terre est devenue plus saine. Les paysans se sont enrichis. Au lieu de spéculer de manière individuelle et de faire l’acquisition inutile de « machines infernales », coûteuses et destructrices comme le tracteur, ils ont décidé d’acheter… des vaches et des taureaux ! Cela a permis la venue au monde de veaux qui ont pu être offerts aux voisins, puis aux voisins des voisins… ce qui a édifié, jour après jour, un véritable réseau de solidarité entre les paysans. De plus, les animaux contribuent à préserver l’environnement en broutant l’herbe des montagnes, et la production de lait permet de nourrir les enfants et les personnes âgées. L’argent de vente du lait supplémentaire finance les études des jeunes. Lorsqu’un paysan s’enrichit au-delà d’un plafond défini par la communauté, l’argent doit être reversé dans une caisse commune qui sert aux dépenses sociales nécessaires au mieux-être de toute la communauté. Ainsi, chacun travaille dans un esprit de partage constant, conscient d’être interdépendant des autres. Et les nicaraguayens ne semblent pas s’en porter plus mal. Ils ont peu, mais ils possèdent l’essentiel, et leurs sourires sont inestimables car vrais et sincères. Leur joie de vivre ne se perçoit plus par chez nous qui possédons tant… et si peu ! C’est aussi cette conscience que tous les pays du monde sont interdépendants qui motive TouSCAN dans ses relations internationales : le Nicaragua nous a une fois de plus prouvé qu’il a beaucoup à nous apprendre… Nos sociétés occidentales soit disant « développées » ne devraient elles pas se remettre en question plus souvent ? Les solutions sont l’expression d’une philosophie opposée à celle de la "croissance" qui domine outrageusement aujourd’hui et dont nos sociétés sont dépendantes comme elles le seraient d’une drogue dure. Ces solutions montrent qu’il faut changer de valeur : la coopération devrait prendre le pas sur la compétition effrénée, le plaisir du loisir sur l’obsession du travail, l’altruisme sur l’égoïsme, l’importance de la vie sociale sur la consommation illimitée, … etc.

Il faudrait retrouver la mentalité des africains quand ils ont découvert l’organisation du travail des européens : lorsqu’ils étaient payés après un mois de labeur, ils partaient et ne revenaient travailler que lorsque tout était dépensé… Il paraît qu’il est impossible de traduire développement ou croissance dans les langues africaines….Inversement, il est très difficile de traduire décroissance en anglais…..Domination mentale de l’économisme….Même nos mots nous emprisonnent…

En résumé, si l’on veut garder la croissance comme religion dans nos sociétés, il faut en changer le contenu, remplacer par exemple le PNB par le BNB (bonheur national brut), un bel objectif digne de capter l’énergie et l’intelligence de nos décideurs !

Il suffit de lire notre charte éthique, le compte rendu d’activité à l’assemblée générale ou faire connaissance avec les membres de l’association pour se rendre compte que TouSCAN, avec tous ses amis nicaraguayens, participe activement à la construction du BIB : bonheur international brut. Bien sûr, la perfection n’est pas de ce monde et nous utilisons par exemple encore l’avion pour nous rendre au Nicaragua…Nous réfléchissons à une alternative par le bateau et à une participation à des projets de reboisements (voyage compensé carbone…). N’hésitez pas à nous faire part de vos suggestions pour améliorer encore les choses ! Et n’hésitez pas, pour 2008, à rejoindre ou à soutenir TouSCAN et ses partenaires nicaraguayens dans tous ses combats en adhérant à l’association !

Bibliographie pour en savoir plus :

  La décroissance, le journal de la joie de vivre, publié par casseurs de pub, mensuel.
  Alternatives économiques, dec. 2005 : impact de la croissance sur l’environnement, empreinte écologique
  Politis, hebdomadaire
  L’écologiste, n° 11 dossier changer d’énergie, changer de vie (oct.2003)
  Bouffée d’air, journal bimestriel de l’association EDA, janv.-fev. 2004, spécial décroissance
  Manière de voir, bimestriel du monde diplomatique, juin-juil. 2005,"écologie, le grand défi"